PARENTS, RÉÉDUQUEZ-VOUS…
Ils sont douze, sagement assis en rond dans un « atelier de parents ». Estelle est la mère exténuée d’une petite fille de 2 ans qui colonise chaque nuit le lit parental. Janie, mère de deux jeunes enfants, éducatrice, regrette que personne ne lui ait appris à gérer les colères, les coups, les disputes des tout petits enfants. Beaucoup disent qu’ils sont perdus entre les consignes contradictoires des psychologues et les débats avec les grands-parents: punir, laisser pleurer, dormir ou non avec son enfant suscitent aujourd’hui d’interminables conflits générationnels.
Derrière ce type d’ateliers, il y a un nouveau mode d’éducation venu des États-Unis et d’Europe du Nord. On l’appelle « parentalité positive », qui considère que l’enfant préfère la coopération au conflit et aux interdits. Pour l’éditrice Catherine Meyer, « on donne aux parents les moyens d’être compétents ». La clé ? Comprendre que le cerveau d’un enfant fonctionne différemment de celui d’un adulte. Car tout ce mouvement se fonde sur les dernières études des neurosciences…
Dans son salon, la formatrice explique aux parents: « Au-dessous de 3 ans, un enfant n’est pas encore prêt neurologiquement pour contrôler ses envies, ses mouvements. Lui dire “ne touche pas au téléphone” ne sert strictement à rien. Lui donner une tape sur la main non plus. Il va peut-être arrêter, mais parce qu’il aura peur. Ce n’est pas de l’éducation, c’est du dressage…* ».
Reste évidemment à adapter la réponse parentale. Et l’éducation positive propose tout un arsenal méthodologique. Éviter à tout prix de donner un ordre — « va prendre ton bain » — et lui préférer le rappel des règles — « c’est l’heure du bain » —, ou même un simple mot, « bain » : il paraît que c’est miraculeux. Et surtout, toujours différencier l’enfant ou l’adolescent de son comportement : ne pas dire « tu es insupportable », mais suggérer les émotions que son comportement traduit : « Tu as l’air en colère et fatigué »… C’est d’ailleurs l’un des fondements de ce type d’éducation : apprendre à accueillir et à mettre des mots sur les émotions de leur jeune cerveau.
Parmi les participants, deux couples sont déjà des pratiquants assidus de l’éducation positive. Ainsi ce père qui explique que, bien entendu, il est normal que son fils de 7 ans ait encore envie de dormir dans le lit parental, qu’il le raccompagne tous les soirs à sa chambre sans le punir, sans élever la voix, mais qu’à 22 heures, tout de même, il aimerait bien avoir la paix : est-ce trop lui demander? Il dit aussi que nommer les émotions, c’est bien, ça marche en effet, mais que c’est fatigant. « L’autre soir, Félix ne voulait pas de ses tomates, pourtant d’habitude il aime ça », raconte-t-il. « Alors j’ai nommé des tas de trucs, tu es fatigué, tu es énervé, tu as eu un problème avec la maîtresse, ça m’a pris un temps fou.* » Enfin, il y a encore du travail à faire…
D’après Le Point (29 octobre 2015)
- dressage : Domptage d’un animal.
- prendre un temps fou : Passer beaucoup de temps (à faire quelque chose).