« OH, UN ASPIRATEUR ! MERCI, CHÉRI… »
Trois Noëls de suite, Camille a reçu de son amoureux un parfum. Camille n'en porte pas et chaque Noël elle le lui répétait. Aujourd'hui, cette trentenaire reconnaît : « J'ai mis du temps à le virer* ». Camille a également viré* les bouteilles à liqueur que sa belle famille lui offrait. « Je suis certaine que ça part d'un bon sentiment. Ces bouteilles font partie de la famille, mais dans notre appartement de 25 m2 ! » Retour à l'envoyeur sans problème. Virginie, elle, ne fait ni ne reçoit de « mauvais » cadeaux. Tout cadeau reçu qui ne lui plaît pas va directement dans le sac étiqueté « à donner », sans mauvaise conscience ; elle ne manque pas de remercier chaleureusement, s'étonne à peine qu'il ou elle ait pu se tromper à ce point sur elle. Et continue à l'aimer. Chapeau !
Comment bien choisir un cadeau ? Mauvaise question. C'est le cadeau qui vous choisit, car c'est l'inconscient qui gouverne toute cette machinerie. Par exemple, le cadeau « narcissique ». On connaît tous ces gens de bonne foi… la copine qui fait présent d'un foulard aux couleurs qui ne sont pas les nôtres mais… les siennes. Le narcissique est si parfait à ses yeux que l'autre ne compte plus. Le cadeau, c'est moi !
Et puis il y a les listes, comme lorsqu'on était enfant. Le Père Noël a toujours besoin d'être guidé. Sauf qu'au bout du 25e Noël les idées viennent moins vite. « Je veux être sûr de faire plaisir, tu me dis ce que tu veux et je ne me trompe pas. » Vraiment ? C'est oublier qu'un cadeau doit refléter ce lien particulier entre celui qui donne et celui qui reçoit : un peu de moi, un peu de toi. Et provoquer une surprise. De même les bons ou le chèque s'imposent de plus en plus. Pour l'anthropologue Sophie Chevalier, « ces formes de cadeaux montrent ouvertement la valeur commerciale. Le prix accordé à la relation est donc bien visible ». Oubliée la politesse de nos mères, qui nous avaient appris à bien enlever l'étiquette du prix.
Face à un mauvais cadeau, comment réagir, sinon en faisant bonne figure, comme Christine au moment où sa cousine lui offre le livre qu'elle-même lui avait offert l'année précédente ? Ou comme François, qui sait que sa femme va encore « se tromper de cadeau. Rien à faire », raconte-t-il, malheureux, « ça me rend malade et elle aussi ». L'art de ne rien montrer est de rigueur. Remerciements, bises, et la fureur éclate après. Pourtant, que ne donnerait-on pas pour pouvoir dire « désolé, mais ça ne me plaît pas » ? Trop dangereux.
N'oublions pas les audacieux qui osent changer le cadeau. Avec parfois la permission du donateur : « De toute façon, ça ne te plaira pas, alors tu le changeras », a l'habitude de dire la mère de trois adultes qui, chaque année, lui obéissent. D'autres le font et ne disent rien. Selon une récente étude, dès 1 heure du matin, le 25 décembre, 3,5 millions de produits sont remis en vente. 51 % des sondés ont déjà revendu un cadeau. Les hommes vendent les sous-vêtements et les chaussettes, les femmes espèrent échapper aux appareils électroménagers.
Reste une catégorie : les originaux, qui ne s'inquiètent pas des conventions sociales. Quand ils ne trouvent rien à offrir, ils n'offrent rien, un point c'est tout.
D'après Le Point (10 décembre 2015)
- virer quelqu'un ou quelque chose : Fam. Couper brutalement une relation avec quelqu'un, se débarrasser de quelque chose.