DES FRANÇAIS TRÈS ENGAGÉS
À 19 ans à peine, Pauline Bonnet est déjà une récidiviste* de l'engagement citoyen. L'an dernier, elle a laissé tomber ses études pour se porter candidate au service civique. Pendant six mois, vingt-quatre heures par semaine, elle a initié les élèves d'une école primaire aux activités artistiques. Depuis mai 2016, Pauline mène une double vie : étudiante en lettres et cinéma à la Sorbonne, elle est aussi bénévole de la Protection civile. Une nuit ou une journée par semaine, elle enfile son uniforme et elle va, avec son équipe, au secours des victimes d'accident de la route ou des malades à domicile. « J'ai vu quel soutien les secouristes ont apporté aux blessés des attentats de novembre à Paris, raconte la jeune fille. Pour moi, ces événements ont agi comme un catalyseur. »
Pour Vianney Thomas également. Cette nuit-là, à 3 heures du matin, il a envoyé un mail à la Protection civile pour proposer ses compétences. C'est plus fort que lui, il éprouve le « besoin de [se] mettre au service de la société ».
Aider. Protéger. Défendre. Jamais peut-être ces mots n'ont sonné si doucement aux oreilles des Français. Pour « remettre le monde à l'endroit », comme dit la psychiatre Muriel Salmona, ils ont été nombreux, après les attentats de novembre, à s'engager dans les rangs des associations ou des réserves des forces de l'ordre. À la Protection civile et à la Croix-Rouge, les propositions de bénévolat ont explosé dans les semaines qui ont suivi les attentats. Comme les demandes de formation aux premiers secours. « Elles ont augmenté, chez nous, de 60 à 80 %, précise le directeur de la Protection civile. Les citoyens ont compris qu'il pouvait être vital de savoir pratiquer un massage cardiaque ».
Toute la France s'y est mise. Dans la capitale, d'abord, où, dès janvier 2016, les sapeurs-pompiers ont ouvert leurs casernes, tous les samedis après-midi, pour enseigner ces gestes essentiels. Quelque 100 000 personnes ont déjà suivi l'initiation aux « comportements qui sauvent ». « Des jeunes surtout, précise le porte-parole des sapeurs-pompiers de Paris.
Les juniors sont également davantage présents que leurs aînés parmi les nouveaux bénévoles. Selon une étude du mois dernier, la part des 18-30 ans investis dans une activité associative est passée de 26 % en 2015 à 35 % quelques mois plus tard. Près de la moitié d'entre eux affirment que les attentats ont dopé* leur solidarité. Désireux de « donner du temps à la collectivité », Benjamin, 32 ans, consultant dans une prestigieuse société de conseil, vient de s'engager dans la réserve de la gendarmerie. À la fin d'octobre, il a commencé la préparation militaire, au côté de 200 camarades, dont un quart de jeunes femmes : 14 longues journées, entamées à 5 h 50, achevées à 22 h 30, pour apprendre sécurité routière, maniement des armes, tir, déontologie, procédures, etc. Depuis le 1er janvier 2016, 5 100 nouveaux effectifs ont rejoint cette réserve — 2 400 de plus qu'au cours des dix premiers mois de 2015. Autre signe des temps : tout le monde veut devenir gendarme. Fanny Simon, 25 ans, rêve d'endosser l'uniforme. Elle tentera en mars prochain de devenir sous-officier de la gendarmerie. Son petit frère, lui, vient de rentrer dans la police.
D'après L'Express (9 novembre 2016)
- récidiviste : Fig. Personne qui a l'habitude de faire quelque chose.
- doper : Exciter.