« L’ÉCOLOGIE ? JE M’EN FOUS !* »
Le matin, Alice, Parisienne de 36 ans, s’installe confortablement dans sa voiture roulant au diesel pour aller travailler. Utiliser les transports en commun ? « Je n’ai pas envie d’attraper des maladies dans le métro ou de me faire voler mon portable ! », répond-elle. « Ma voiture, c’est ma petite bulle de protection. Pas question de m’en passer. Je ne suis pas prête à sacrifier ma liberté. » Alice est une « écolo-je-m’en-foutiste* ». Trier ses déchets, recycler les piles ? Pas du tout. Réduire sa consommation de viande ? Une hérésie* gustative. Cette juriste est loin d’être la seule à s’opposer aux consignes vertes. « Les embouteillages et les impôts, ça existe dans ma vie quotidienne. Le réchauffement climatique, non. J’ai juste l’honnêteté d’avouer que je m’en fous* », reconnaît aussi Benjamin, médecin quadragénaire. Comme eux, presque un quart des Français n’en ont rien à faire de l’environnement. Et leur nombre augmente autant que le niveau des océans : +9 points en un an ! Les autorités leur répètent que la maison brûle, qu’importe. Ils regardent ailleurs.
Pour ces récalcitrants, l’argument nº 1 est toujours le même : les écolos sont des donneurs de leçons gais comme un jour sans pain (bio). Qui pourrait bien vouloir leur ressembler ? Pour Valéria, trentenaire, qui aime les bains plutôt que les douches, rien de moins glamour qu’un rendez-vous avec un écologiste. Comme celui qu’elle a eu avec un garçon certes « sexy », mais qui travaille dans un cabinet de conseil en développement durable… « Il m’a invitée un soir. Quand je suis arrivée chez lui, il cuisinait des légumes à l’eau dans une casserole. “Quand on mange de la viande, on ne respecte pas son corps”, m’a-t-il dit. Super. J’ai compris que la soirée allait être sinistre. » Il ne l’a écoutée que lorsqu’elle a évoqué l’absence de tri des ordures dans leur immeuble. « J’avais gagné 100 points, là ! Il m’a dit : “Tu as raison, il faut qu’on fasse une pétition !” Moi, je ne voulais pas faire de pétition, je disais juste ça pour parler. »
Le portrait-robot du mauvais élève ? « Un homme entre 35 et 59 ans de milieu assez modeste, sceptique, qui en a assez de faire des efforts seul dans son coin », explique Stéphane Petitjean, qui a analysé ce comportement. « Il est conscient des problèmes écologiques, mais n’est prêt à agir que si cela lui permet d’économiser sa facture d’électricité et d’eau. » Ces « anti » en ont assez que les autori-tés désignent leurs citoyens comme responsables de tout. « On nous culpabilise tout le temps, nous, simples individus », estime Alice. « C’est aux pouvoirs publics de faire les premiers efforts ! »
En réalité, ne sommes-nous pas tous un peu « écolo-je-m’en-foutistes* » ? « Beaucoup de gens que je fréquente ont un discours écologiste mais c’est juste une mode », critique Omar, 25 ans, arri-vé dans la capitale il y a quatre mois et « écolo-je-m’en-foutiste* » assumé. « On n’a pas le droit de penser autrement, mais regardez leur comportement par ailleurs : ils jettent des mégots* par terre, ils boivent des cafés et de l’eau dans des gobelets !* En fait, avec ma bouteille d’1,5 litre, je suis peut-être plus écologiste qu’eux. »
D’après L’Obs (12 novembre 2015)
- se foutre de quelque chose : Fam. Ne pas s’intéresser, être indifférent à quelque chose.
- hérésie : Fig. Idée contraire à une opinion considérée comme juste et raisonnable.
- mégot : Bout de cigarette qu’on a fini de fumer.
- gobelet : Petit verre en plastique.