LES ENFANTS, AU LIT !
Bâillements, perte d'attention… Chaque après-midi, autour de 14 h 30, c'est l'hécatombe. « Les élèves dorment. On en a régulièrement un ou deux qui s'effondrent littéralement sur leur table. Les autres somnolent et ne sont visiblement pas en état d'assimiler quoi que ce soit », soupire Paul Lo Papa, professeur d'histoire-géographie dans un collège. Bien sûr, ce genre de comportement a toujours existé, dit-il. « Mais il est clairement en hausse depuis une dizaine d'années ». Toutes les études le montrent.
En 2014, une enquête internationale révélait que 16 % des élèves de 11 ans et 40,5 % des élèves de 15 ans étaient en dette de sommeil. Un quart d'entre eux dormaient même moins de sept heures, loin des huit à dix heures quotidiennes recommandées à cet âge. Les coupables ? Les écrans des smartphones et d'ordinateurs, auxquels les jeunes sont collés dès l'âge de 12 ans pour surfer sur Internet, jouer en réseau ou tchater. En particulier la nuit, lorsqu'ils sont seuls dans leur chambre. « Certains vont jusqu'à s'endormir les écouteurs sur les oreilles, pour être certains de ne rater aucun message Facebook, WhatsApp ou SMS* », s'alarme Didier Quef, sociologue de l'éducation, qui observe une aggravation du phénomène depuis quatre ou cinq ans dans tous les milieux sociaux. « Les ados ont une tendance naturelle à se coucher tard et à se lever tard. Les nouvelles technologies les stimulent tard le soir et la lumière des écrans interrompt la sécrétion de mélatonine, l'hormone qui régule les cycles veille/sommeil. Ce qui recule encore davantage le moment du coucher, alors que celui du lever, lui, ne change pas. C'est ce qu'on appelle le syndrome du retard de phase », explique le Dr Patricia Franco. Résultat : des élèves apathiques, irritables et de moins en moins attentifs.
Ces problèmes, à moyen terme, peuvent entraîner un surpoids et de mauvais résultats scolaires et provoquer, à long terme, du diabète, des cancers ou des maladies cardio-vasculaires, sans parler des effets sur le développement cognitif. « Chez l'enfant et l'adolescent, le sommeil a un impact sur la croissance, l'apprentissage, la mémorisation et l'équilibre émotionnel », rappelle la pédiatre Marie-Josèphe Challamel. Elle constate une apparition de plus en plus précoce du retard de phase, parfois dès le primaire, lorsque l'écolier vit en milieu rural et qu'il doit se lever autour de 6 heures pour prendre le bus.
Le problème est que nombre de parents ne le savent pas. Il y a ceux qui oublient qu'un enfant ne sait pas ce qui est bon pour lui ; ceux qui se sentent coupables de rentrer tard et veulent passer plus de temps avec leur enfant le soir ; ceux qui ne savent pas dire non… « Les enfants ont besoin de limites, et cela dès le plus jeune âge. Sans cela, ils ne peuvent pas se construire sereinement », explique le pédiatre Aldo Naouri.
Pour résoudre ce problème, on est loin pour l'instant de trouver une solution.
D'après Le Point (28 septembre 2017)
- bâillement : Ouverture involontaire de la bouche produite par la fatigue, le sommeil, la faim ou l'ennui.
- s'effondrer : Tomber, céder à la fatigue.
- rater : Perdre, ne pas être attentif à quelque chose.