UN ÉTERNEL MYSTÈRE POUR LES GARÇONS
Disons-le clairement, ce que les garçons prépubères pensent des filles est un continent noir. Déjà parce que les jeunes garçons (entre 9 et 11 ans) sont généralement moins loquaces que leurs camarades féminines. Aussi parce que le sujet les gêne, visiblement : parler de l'autre sexe, à cet âge-là, c'est un « truc de filles ».
Et puis, comment connaître celles qu'on ne côtoie* pas ? Au début de la maternelle, garçons et filles arrêtent de jouer ensemble. Et jusqu'au milieu du collège à peu près, ils sont « ensemble, mais séparés », comme l'explique la sociologue Martine Court. Les garçons qui se lient d'amitié avec des filles sont soupçonnés d'être « amoureux ».
Laszlo, 9 ans, est parfois l'objet de moqueries. Depuis la maternelle, il a toujours eu des amies filles à l'école. Avec elles, il joue au handball, fait de l'escalade. Il ne comprend pas pourquoi les autres garçons ne le font pas. « On me dit parfois “T'es amoureux”, ça m'énerve, mais je ne leur réponds pas. »
À l'opposé, d'autres jeunes garçons trouvent que les filles sont « chiantes* », comme Florent, qui assume de leur « tirer les cheveux ».
Et au milieu de tout ça, on trouve une grande masse de garçons qui ont adopté un discours politiquement correct, entendu à l'école ou à la maison. Comme Martin, 11 ans : « Les filles ont souvent les cheveux plus longs, mais elles sont aussi fortes que les garçons. » Il ajoute, doctement : « Nous sommes égaux. » Lui n'a pas d'amie fille dans sa classe, mais il fréquente la fille d'un ami de son père. « On joue au ping-pong. Pour une fois que je trouve une fille qui sait jouer ! », lance-t-il.
Quand on demande à Rayan, 11 ans, la différence filles-garçons, il répond avec la même assurance bienveillante : « Aucune différence, par exemple j'aime le rose, la danse et le foot. »
Mais derrière ces beaux discours, certains se font traiter de « fille ». Jonas, 11 ans, se l'est déjà entendu dire après avoir refusé de se battre. Il trouve « ridicule de penser ça, même si j'ai parfois l'impression de le penser aussi ». Mais il ajoute : « Je me sens un peu sexiste, je pense parfois que c'est le rôle des femmes de faire le ménage. Mais après, quand j'y réfléchis, je trouve que c'est faux. » À cet âge-là, le sport dresse un vrai mur de séparation entre garçons et filles. Même si les garçons assurent ne pas être choqués par une fille qui joue au foot, ils n'en connaissent pas beaucoup. La plupart d'entre elles restent sur le bord du terrain, à discuter. « Les garçons font du sport, et les filles, elles créent des problèmes, c'est leur sport », explique Lynden, 11 ans.
Lui a eu une petite amie quand il avait 9 ans et il assume d'avoir été « amoureux d'elle ». « Mais ses copines lui racontaient tout le temps des mensonges sur moi, et elle pleurait tout le temps. » Ce qui le marque le plus, à son âge, c'est la nécessité pour les filles de paraître respectables. « Si on demande : “Est-ce que tu twerkes [danser de manière provocante avec des mouvements de hanche] pour 4 millions d'euros ?”, les filles disent non à cause des clichés. Les garçons disent oui. »
Bref, être une fille, pour lui, ça n'a pas l'air très amusant. « Elles accouchent*, elles ont leurs règles, elles souffrent plus. Je préfère être un garçon. Mais j'imagine que les filles préfèrent aussi être des filles, non ? »
D'après L'Obs (2 novembre 2017)
- côtoyer quelqu'un : Être en contact avec quelqu'un.
- chiant : Vulg. Qui ennuie ou contrarie.
- accoucher : Mettre au monde un enfant.