AVOIR 20 ANS ENTRE QUATRE MURS
Depuis le 30 septembre, les salles de classe de l'université sont fermées. Dans ses 20 m², Thomas, 21 ans, suit ses cours par vidéoconférence. Pour garder un lien avec l'extérieur, il détourne souvent son regard de l'écran vers la fenêtre qui donne sur la cour. « Maintenant, je connais par cœur la vie de mes voisins », ironise-t-il. « Au troisième étage, j'entends souvent une mère dire : 'Chloé, arrête Netflix, à la fin de l'année, tu passes le baccalauréat !' » L'espace de vie de Thomas s'est réduit aux quatre murs de son studio. D'abord, il y eut le 30 septembre, la fermeture des facultés pour éviter la propagation de l'épidémie. Quinze jours plus tard, le couvre-feu*. À présent, le confinement.
Loin des poncifs* d'une « génération Z » insouciante* et accrochée* aux réseaux sociaux, les vingtenaires que nous avons interrogés protestent contre la virtualisation des relations sociales et l'hyperconsommation. Ils ne se victimisent pas, car ils sont trop occupés à chercher des antidotes à la tristesse du confinement. Face à la future crise économique, ils font preuve de pragmatisme. Certains pensent se réorienter vers de nouveaux secteurs. D'autres cherchent à épargner de l'argent. Selon le Président de la République, « c'est dur d'avoir 20 ans en 2020 parce que ce sont ceux qui vivent un sacrifice terrible. Quand on est jeune, on fait la fête, on a des amis ».
La « fête », à les écouter, c'est accessoire. Leur principale souffrance est plutôt de ne pas pouvoir être assis sur les bancs de leur faculté. « Je ne supporte plus les écrans. Je veux rencontrer les personnes en vrai », répète Eugénie, 24 ans, en quatrième année d'une école de communication. L'étudiante belge, en échange Erasmus, a invité chaque samedi matin, via Facebook, des gens de sa classe à faire connaissance lors de sorties au musée. Pour rencontrer des garçons, elle s'est inscrite sur un site de rencontres. Mais elle en est aussitôt partie : « Je suis romantique. Moi, je préfère rencontrer les garçons en vrai ! » Chez Thomas, même discours : « L'amour virtuel, ça ne marche pas. On ne séduit pas une fille en lui envoyant un SMS ! »
Depuis le confinement, les seuls êtres en chair et en os avec lesquels ces étudiants sont en contact sont les membres de leur famille. Ainsi, Veronica, 21 ans, étudiante en droit, confie préférer jouer avec sa petite sœur de 7 ans plutôt que de pianoter sur son smartphone. « Les réseaux sociaux me fatiguent. Pour échanger avec mes amis, je préfère attendre soit de leur parler longuement au téléphone, soit de les voir. » En première année à l'université, Thibault, 18 ans, quitte également son campus pour rejoindre la maison familiale. Il réfléchit de façon pragmatique aux conséquences de cette pandémie. Il voulait s'orienter en aéronautique, mais cette filière risque d'être affectée par la crise. Il se tournera donc vers l'énergie. « Ce n'est pas ce que je voulais, mais c'est plus raisonnable. » Quant à Veronica, elle a mis de côté le salaire reçu par son employeur du week-end : « Les temps sont durs, je veux aider mes parents. »
D'après Marianne (6-12 novembre 2020)
- couvre-feu : Interdiction de sortir des maisons le soir et la nuit.
- poncif : Idée souvent répétée, peu originale.
- insouciant : Qui n'a pas de préoccupations.
- être accroché : Avoir une forte dépendance.