NOËL EN PETIT COMITÉ : MERCI LA COVID !
Covid oblige, les agapes du mois de décembre devront se faire en petit comité. Pas plus de six adultes à table. Si, pour un certain nombre de personnes, cette fête, loin de sa signification religieuse, est surtout l'occasion de rassembler la famille dans une ambiance chaleureuse, pour d'autres, ce cérémonial est plutôt une torture.
« Je ne suis pas spécialement attaché à la famille, donc, pour le dire simplement, l'esprit de Noël, ça ne me fait ni chaud ni froid. Ça m'embête même », ose dire Loïc, un trentenaire parisien. Par ailleurs, il a passé l'intégralité du deuxième confinement en famille : « Juste avant qu'il soit décrété, je venais de subir une opération et j'étais retourné chez mes parents pour me rétablir. Et puis mon entreprise m'a mis en chômage partiel... » D'un naturel solitaire et après cette longue proximité familiale forcée, l'idée de se rassembler autour d'une dinde aux marrons trop cuite ne l'enchantait pas beaucoup. Heureusement, le gouvernement s'est décidé à sévir* : une véritable bénédiction ! « Je suis très content, l'idée de devoir supporter la famille élargie me terrorisait. Là, ce sera avec mes parents et mon frère, décontracté », confie-t-il, soulagé. Il s'attend même à passer un très bon réveillon de Noël.
Un sentiment également partagé par Lucie, une Rennaise* d'adoption, la trentaine elle aussi, qui vient de finir une thèse en sociologie. Pourtant, contrairement à Loïc, la jeune femme a le goût de ces moments de convivialité partagée : « Généralement, on a fait Noël en grande pompe dans la famille. C'est l'occasion de bien manger, de voir des cousins et cousines perdus de vue et de bien s'amuser. »
Sauf que Lucie cache un secret bien gardé jusque-là. « Je suis en couple depuis un an an avec une femme », glisse-t-elle. Une relation qu'elle a tenue éloignée des radars familiaux. Raison pour laquelle elle n'était pas spécialement pressée de retrouver toute sa famille : « Personne ne sait que je suis lesbienne. Donc l'idée de me retrouver entre la tante Véronique et la mamie, ce n'était pas terrible comme perspective. » Les fois précédentes, grâce à son statut d'éternelle étudiante, elle avait pu donner l'illusion de privilégier ses études à une relation de couple. Sauf qu'avec l'obtention de son titre de docteure son prétexte n'est plus valable. « Je viens d'un milieu qui croit à la famille traditionnelle. Ça gênerait si je disais à certains membres de ma famille que je vis avec une fille depuis un an, même s'ils ne sont pas profondément intolérants », analyse-t-elle. « J'aurais dû mentir à chaque question un peu personnelle, ça aurait été très dur. »
Pour cette année, ce sera donc un Noël intimiste, avec les parents et le petit frère. « Je pense que je vais profiter de l'occasion pour tout expliquer à mes parents et à mon frère. Je n'en peux plus de leur cacher la vérité », estime-t-elle. Une ferme résolution que la covid lui a permis de prendre.
D'après Marianne (18-31 décembre 2020)
- embêter : Contrarier.
- sévir : S'imposer avec rigueur.
- décontracté : Détendu, relâché.
- Rennais : Habitant de Rennes.
- mamie (langage enfantin) : Grand-mère.