LA JEUNESSE PEUT-ELLE ÊTRE OPTIMISTE ?
Scrutin après scrutin, l'abstention est un phénomène récurrent. Mais que dire de l'abstention chez les moins de 25 ans : 87 % ont choisi de ne pas exercer leur droit de vote.
Interdits de sorties, de rencontres, de fêtes au moment de leur envol sentimental et professionnel, les moins de 30 ans ont payé le prix fort dans la glaciation de notre vie sociale imposée par le Covid-19. De nombreuses enquêtes ont souligné ses effets particulièrement mauvais sur leur santé psychique. Ainsi, en février 2021, près de 60 % d'entre eux disaient avoir ressenti un état dépressif au cours de cette période, plus encore parmi les jeunes femmes. C'est quatre fois plus qu'en 2014. Ce mal-être très préoccupant se double du sentiment d'une profonde injustice : 68 % considèrent avoir été sacrifiés au profit des plus âgés, et 70 % estiment avoir été accusés à tort d'un comportement « relâché » face à la pandémie.
Sur le marché du travail aussi, les plus jeunes ont été soumis à une dure épreuve. Depuis la crise de 2008, le taux de chômage ou de précarité des débutants était resté très élevé, sans réelle amélioration. La crise de 2020 est venue encore aggraver leur situation.
Être né à une même époque ne suffit pas à constituer des citoyens en une génération homogène. Ce qui singularise justement les moins de 30 ans d'aujourd'hui, ce sont les inégalités grandissantes entre les uns et les autres. Ainsi, cette génération ne se sent décidément pas née à une époque favorable : 47 % seulement estiment qu'ils ont de la chance de vivre en 2021, contre 83 % en 1999.
Pour ces jeunes qui n'ont jusqu'ici connu que la paix et la démocratie, les grands principes, y compris la liberté, demeurent des abstractions, tandis qu'eux-mêmes se sentent sacrifiés de diverses façons par les plus âgés. La défense de leurs droits concrets, la lutte pour l'équité, sont plus importants pour eux que ces marqueurs essentiels de la démocratie.
« Ils sont extrêmement sensibles aux discriminations, aux inégalités de traitement face aux origines », note le sociologue Vincent Tiberj. Pour réussir sa vie, avoir une famille heureuse reste à leurs yeux le plus important, avec 62 % des réponses, contre 78 % en 2007. Et dans la réussite d'un couple, la fidélité et l'égale répartition des tâches ménagères se rangent parmi leurs priorités. En revanche, avoir des enfants devient nettement moins crucial pour les 18-29 ans. En 2008, 60 % y voyaient quelque chose d'essentiel, ils ne sont plus que 38 % en 2018.
D'après L'Obs (2 décembre 2021)
- relâché : Comportement ou conduite par lequel on se permet trop de choses.