GROUPES WHATSAPP DE PARENTS D'ÉLÈVES : LE CAUCHEMAR* DES PROFS
C'est officiel, Laurent fait désormais partie de la grande communauté des parents d'élèves. La preuve : il est abonné au groupe WhatsApp de la classe maternelle de sa fille, inscrite dans une école du XVe arrondissement de Paris. Un compte réservé aux parents, qui s'y échangent bons plans et conseils, donnent des précisions sur les devoirs ou des informations sur la prochaine sortie scolaire. « Hélas, on n'y trouve pas que ça ! Il y a aussi des sollicitations anecdotiques, du style “Il fait froid ce matin, à votre avis dois-je mettre une écharpe à ma fille ?” », soupire le trentenaire. Il arrive aussi que de petits incidents se transforment en affaires d'État. « Récemment, des parents ont commencé à se plaindre de certains enseignants qui, selon les dires de leurs enfants, privaient les élèves de dessert ou minutaient* leur passage aux toilettes », raconte Laurent. « Des faits certes inadmissibles s'ils sont vrais. Mais, avant même de se renseigner auprès des intéressés, des membres du groupe ont immédiatement commencé à préparer une action en justice. »
Ces groupes WhatsApp se transforment également parfois en bureaux des réclamations. La parole y est d'autant plus libérée que les conversations échappent le plus souvent aux regards des enseignants. « La présomption d'innocence ? Une notion bien souvent ignorée des utilisateurs de ce type de comptes », soupire la directrice d'une école. Le syndicaliste Bruno Bobkiewicz confie également son inquiétude. « Nous avons de plus en plus de cas d'enseignants victimes de diffamation sur les réseaux sociaux », confirme-t-il. Une simple faute d'orthographe dans un écrit, ou une erreur dans un intitulé d'exercice, peut suffire à allumer la mèche.
Véronique a été témoin d'échanges très virulents sur le compte WhatsApp des parents de la classe de son fils. Les faits se sont déroulés en 2020, pendant le confinement. « Tout a commencé par une critique du prof de technologie qui, selon certains, avait recours à des méthodes dépassées », se souvient-elle. « Puis ce fut au tour de la prof de maths d'être accusée de ne pas bien assurer ses cours à distance et à la prof d'histoire d'être traitée de “bête”. » La mère de famille, qui a protesté auprès de l'administrateur du compte, s'est vu répondre que cela relevait de leur « liberté d'expression ».
Avec les problèmes liés à l'enseignement à distance, les messages WhatsApp peuvent avoir un côté rassurant pour les familles parfois soumises à rude épreuve. « Je trouve ça très pratique et efficace », confirme Valérie, domiciliée dans le XVIe arrondissement de Paris. « Dans le groupe, il y a bien une maman qui tente parfois de lancer une polémique mais ça ne va pas plus loin. On est tous assez raisonnables. » Laurent, lui, a un avis bien plus mitigé : « À force de lire des messages de parents qui sont dans la critique permanente, j'en viens à me poser des questions que je ne me posais pas avant. Il y a un côté toxique indéniable. » Véronique, après sa mauvaise expérience a, quant à elle, opté pour une solution radicale : « Je refuse systématiquement de faire partie du moindre groupe WhatsApp de parents. » Même si elle avoue sa crainte de passer à côté* d'une information cruciale. « Partir ou rester… Il n'y a pas de solution idéale. »
D'après L'Express (16 décembre 2021)
- cauchemar : Mauvais rêve.
- minuter : Limiter la durée d'une activité.
- passer à côté : Ne pas être au courant.