ALCOOL : TROP D'ADOLESCENTS EN CONSOMMENT EN DÉPIT DES RISQUES ET DES INTERDICTIONS
Alors que les Français boivent en moyenne leur premier verre à l'âge de 14 ans, Addictions France et la Ligue contre le cancer alertent sur les dangers de la consommation d'alcool chez les adolescents. Les deux associations ont chacune mené leur enquête, et les chiffres sont éloquents. Quatre parents sur dix déclarent par exemple avoir déjà fait goûter une boisson alcoolisée à leur adolescent, 55 % des Français jugent acceptable que des mineurs consomment de l'alcool à partir de 15 ans et 70 % d'entre eux estiment possible de les laisser boire lors des fêtes de fin d'année.
« C'est un danger », rappelle Bernard Basset, président d'Addictions France. « On banalise la consommation d'alcool chez les jeunes, alors que ce n'est pas du tout anodin. Les enfants sont habitués dès l'âge de 14 ans à cette norme sociale qui veut que l'on consomme de l'alcool dès que c'est la fête. »
Une banalisation qui s'accompagne d'une grande facilité d'accès, malgré l'interdiction de vente d'alcool aux mineurs. « Les adolescents peuvent se procurer de l'alcool sans problème et la consommation d'alcool en milieu familial est fortement répandue », signale Yana Dimitrova, de la Ligue contre le cancer. « C'est un problème de santé publique. »
La consommation précoce d'alcool entraîne en effet différentes conséquences néfastes, à court comme à long terme. En plus de favoriser les comportements à risque qui aboutissent* à des accidents de la route, des violences sexuelles ou des comas, elle augmente les risques de dépendance.
« Le cerveau achève son développement vers 24-25 ans », explique Bernard Basset. « Avec l'alcool, comme le reste des psychoactifs, plus on commence tôt, plus on a de chances d'avoir des problèmes de consommation à l'âge adulte. »
Le tabac agit de la même façon sur le cerveau des adolescents, dont on sait l'addiction bien plus profonde lorsqu'elle commence tôt. Mais si le gouvernement déploie des moyens massifs pour lutter contre ce problème, les associations déplorent qu'on ne fasse pas la même chose avec l'alcool.
Car si la consommation d'alcool a baissé depuis 2005, les chiffres stagnent* depuis plusieurs années. Un quart de la population française dépasse ainsi les recommandations de Santé publique France — ne pas consommer plus de deux verres d'alcool par jour, pas tous les jours et sans dépasser dix par semaine. Les adolescents ne sont pas une exception : selon la Ligue contre le cancer, près de la moitié des jeunes de 17 ans ont expérimenté un épisode d'alcoolisation massive le mois dernier.
Or, rappelle Yana Dimitrova, « l'alcool est loin d'être sans danger pour la santé ». 16 000 personnes meurent chaque année d'un cancer évitable causé par l'alcool. Et en ajoutant les risques cardiovasculaires, hépatiques, neurologiques, digestifs et psychiatriques, en tout, ce sont 49 000 décès qui lui sont imputables chaque année.
D'après Le Point (18 décembre 2023)
* aboutir : Avoir pour résultat.
* stagner : Fig. Ne pas évoluer ou évoluer très lentement.