« PRENDS TON TEMPS, JE SUIS LÀ POUR ÇA » : AU CŒUR DE NIGHTLINE, LA LIGNE D'ÉCOUTE ÉTUDIANTE CONTRE LA SOLITUDE
Lorsque le téléphone sonne dans le local de l'association, toutes les voix se taisent. « Bonsoir, ici Nightline, je t'écoute », lance Léa d'une voix douce. Quelques minutes auparavant, les cinq bénévoles de l'association présents ce soir-là échangeaient joyeusement sur leurs cours ou le menu de leur pause repas.
Au téléphone, Léa parle peu, relance de temps en temps : « Peux-tu m'en dire plus ? » « Prends ton temps, je suis là pour ça. » Ses questions sont interrompues par des moments de silence, lorsque l'appelant parle longuement au bout du fil. Au bout d'une dizaine de minutes, Léa conclut (« Si tu le souhaites, nous avons un annuaire de psychologues gratuits que tu peux consulter »), échange encore quelques mots puis raccroche.
« C'était rapide ! », souffle-t-elle. De l'autre côté du bureau, Sam, également bénévole, explique : « Souvent, on peut rester une heure et demie avec quelqu'un, c'est le temps maximum. » Des heures passées au téléphone, à recueillir la tristesse, la solitude, parfois la détresse* de jeunes qui ont besoin de se confier, c'est ce que font tous les soirs, de 20 h 30 à 2 h 30, les étudiants bénévoles des permanences de l'association Nightline, spécialisée dans la prévention et l'accompagnement de la santé mentale des jeunes.
Le concept de ces lignes d'écoute étudiantes nocturnes, bien implanté dans le monde anglo-saxon depuis les années 1970, a été importé en France en 2016. Au téléphone, pas de psychologue ou de psychiatre : ce sont des étudiants qui répondent et échangent.
« L'idée de ce soutien de pair à pair, c'est qu'en tant qu'étudiant, on connaît les difficultés que peuvent rencontrer les appelants », explique Louis Soutrelle, porte-parole de l'association. « C'est plus facile pour une personne de se confier à quelqu'un qui lui ressemble. Et cela peut être un premier pas pour se diriger vers un professionnel. »
« C'est une écoute différente de ce qu'on peut avoir dans la sphère familiale, amoureuse ou amicale, qui n'est parfois pas très active », abonde Élodie, une bénévole présente ce soir-là. « Et il n'y a pas de dimension de dette, les appelants savent qu'on est là pour les écouter et rien de plus. »
Cette écoute et cette orientation, les jeunes en ont de plus en plus besoin. Stress lié aux études, problèmes familiaux ou relationnels, violences sexuelles ou éco-anxiété et détresse face à l'actualité géopolitique… Les thématiques évoquées par les appelants sont nombreuses.
Les bénévoles répondent en respectant les principes de l'association : anonymat, confidentialité, non-jugement et « écoute active ». « L'idée n'est pas de donner des conseils, nous ne sommes pas des professionnels », explique le porte-parole.
« Je pense avoir beaucoup grandi dans mes relations sociales », confie Sam, bénévole depuis plusieurs années. « J'ai appris à laisser la place aux autres, tout en me laissant une place aussi, dans les discussions et dans la société en général. » Sam n'avait jamais appelé Nightline auparavant mais confie avoir eu besoin, à un moment de sa vie, d'une telle écoute. Une motivation supplémentaire pour s'engager et venir en aide aux jeunes qui en ont besoin aujourd'hui.
D'après Le Nouvel Obs (7 avril 2024)
* détresse : Sentiment d'abandon, de solitude, d'impuissance qu'on éprouve dans une situation difficile (besoin, danger, souffrance).