STRESS, ANXIÉTÉ, PHOBIE SCOLAIRE… AU SECOURS, L'ÉCOLE REVIENT
Nos adolescents français ne vont pas très bien. Vous en doutez ? Écoutez Lisa Grilo Santos, excellente élève et pur produit de la méritocratie — ses parents sont ouvrier et gardienne d'immeuble —, vous raconter son entrée en première* : « J'étais enfermée dans le travail, j'y consacrais tous mes week-ends et mes soirées pour au final ne pas avoir les résultats attendus. » La jeune femme s'en est sortie seule en consultant des tutorats en ligne sur la gestion du stress. Mais les évaluations continuent à la mettre dans un état d'angoisse avancé : « Le pire, ce n'est pas avant mais après : tant que je n'ai pas eu le résultat, je me dis que j'ai pu laisser une bêtise, une faute et que j'aurais pu faire mieux, je suis prise de tremblements de mains incontrôlés. »
Ses profs lui ont-ils parlé un jour de l'échec et de ses vertus ? « Non, jamais, sauf une fois en français. » Lisa termine ses années de lycée et ce n'est pas anodin.
Là où les collégiens subissent la pression de leurs pairs, les lycéens souffrent davantage du fonctionnement même de notre école. Dès 2015, une enquête sur 1 130 élèves montrait ainsi qu'au fil de la scolarité la proportion d'élèves « fortement stressés » par le système scolaire passait de 17 % (en sixième) à 50 % (en terminale) avec des accélérations en troisième* puis en première*. Est-ce le contrecoup de cet interminable Covid ? En tout cas, cette anxiété, longtemps latente, semble aujourd'hui s'exprimer de manière de plus en plus ouverte et de plus en plus vive.
C'est un constat de professeur, comme cette agrégée en sciences de la vie et de la terre (SVT) qui, à la rentrée dernière, nous alertait sur ces « jeunes filles qui arrivent du collège en grand stress », dans son petit lycée rural.
Premier problème : les jeunes Français sont confrontés, plus que leurs aînés, à l'anxiété. Second problème : cette anxiété est d'autant plus complexe à appréhender que les différents acteurs donnent des récits souvent contradictoires. Les psys d'abord. Le psychiatre Daniel Marcelli signale quelques constantes : la fragilisation du dialogue intrafamilial, la déshumanisation des relations sociales à l'ère des réseaux sociaux ou encore la difficile projection dans un monde adulte vécu comme hostile et peu accueillant.
Pour les profs, le système scolaire confronterait les lycéens à une responsabilisation précoce et excessive, peu adaptée à leur niveau de maturité.
Mme Malhanche, professeure de sciences sociales, porte cependant un regard de sociologue, donc un peu plus distant et clinique, sur ce mal-être latent. Elle analyse : « Pour beaucoup, l'arrivée dans l'enseignement supérieur, c'est la première confrontation au "non". Jusque-là, ils ont fait leur bout de chemin sans connaître l'échec. Il faut entendre leur mal-être mais garder aussi à l'esprit que nous sommes face à une génération "zéro frustration", élevée avec des écrans, qui a souvent du mal avec la remise en cause et la notion d'effort. »
D'après Le Nouvel Obs (24 août 2022)
- première : Dans le système scolaire français, classe précédant la terminale (équivalent à « primer de batxillerat » / « primero de bachillerato »).
- sixième : Dans le système scolaire français, première classe de collège (10-11 ans).
- terminale : Dans le système scolaire français, classe qui marque la fin du Baccalauréat (équivalent à « segon de batxillerat » / « segundo de bachillerato »).
- troisième : Dans le système scolaire français, dernière année de l'enseignement secondaire français (14-15 ans).